Géocaching et géographie

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Récemment, deux mémoires d’études liés au géocaching ont été publiés. C’était l’occasion de lever un peu le nez de son GPS et de réfléchir à notre pratique du jeu, à l’ensemble des géocaches, sous différents aspects. J’ai donc lu leurs intéressants travaux pour en retranscrire ici, non pas un résumé, mais plutôt des extraits qui m’ont marqués. Pour en savoir plus, les liens vers les mémoires sont en bas de cet article !

La cache et le territoire

Clare Lavigne a étudié le lien entre le géocaching et la géographie, notamment sur la définition d’un territoire : « Appropriation sociale de l’espace par des groupes qui se donnent une représentation particulière d’eux-mêmes, de leur histoire de leur singularité » (Guy Di Méo). Les géocacheurs s’approprient l’espace, ils l’investissent d’une cache, d’une trouvaille, d’une histoire qu’ils relatent ensuite. Produire un territoire, c’est à dire mettre en réseau des lieux et faire communiquer des acteurs jusqu’à ce qu’ils deviennent une communauté, avec des lieux.

L’investissement d’un espace par une géocache le transforme en lieu. C’est-à-dire que cela singularise l’espace en lui donnant un nom, en identifiant spécifiquement ses coordonnées géographiques, en le transformant en but à atteindre. Le géocaching donne une finalité aux espaces. Ils méritent d’être parcourus car ils contiennent une cache.

Le géocacheur fabrique, identifie, isole des lieux dans l’espace, ces lieux qui sont autant d’îlots dans le monde entrent en connexion : Il apparaît que ces lieux ne sont reliés, connectés, rejoints, que sous l’action des géocacheurs qui vont d’une cache à une autre. Ce sont leurs trajets, leurs itinéraires qui tracent les chemins invisibles entre les lieux et les caches.

Leurs motivations communes :

  1. Trouver, le frisson de la chasse.
  2. Aller dehors, profiter de la nature, sortir de la maison.
  3. Réalisation des objectifs, nombres, gamification, trackables, badges.
  4. Défi, énigmes, résolution de codes difficiles.
  5. Concurrence, être le premier à trouver, rivalité entre géocacheurs.
  6. Exercice physique, randonnée, vélo, kayak.
  7. A la découverte de nouveaux endroits, explorer, voyager, aventure.
  8. Socialisation, rencontrer de nouvelles personnes, se faire des amis, gens avec les mêmes goûts.
  9. Création de caches et les placer, dissimulation.
  10. Passer du temps ensemble en famille, avoir quelque chose à faire avec les enfants.
  11. Technologie, geeks, cartographie.
  12. Histoires et l’Histoire.
  13. Rajeunir d’esprit, être loin des gens et du bruit, promenade, du temps pour soi, relaxation

carte géocaching monde

Il y a une communauté, unis autour du secret que représente le géocaching. Avec une culture commune, et une novlangue créée pour les géocacheurs. Les géocacheurs sont responsables du jeu. Cette responsabilisation individuelle qui fait que chaque joueur est une pierre essentielle pour l’édifice, rend l’esprit de communauté encore plus fort et nécessaire.

Les géocacheurs lorsqu’ils créent une cache se chargent de faire l’inventaire géographique du lieu. C’est un investissement matériel et émotionnel. Nommer un lieu, c’est décrire par fois ses caractéristiques, mais c’est surtout l’identifier socialement, auprès des autres.

Mais qui dit « territoire » dit conflits sur le même territoire avec d’autres acteurs (propriétaire, chasseurs, garde-forestiers, habitations voisines…). Mais également avec la faune et la flore, et une menace sur la préservation de l’espace naturel. Il y a une incompatibilité entre une augmentation de la fréquentation des espaces naturels et leur sauvegarde totale…

Les jeux géolocalisés et leurs traces dans la ville

Arthur Héran-Gobert a étudié les traces créées par le géocaching dans la ville. En partageant leur expérience, en publiant une nouvelle cache, en faisant circuler des objets, les géocacheurs alimentent et augmentent un territoire de jeu. En apportant sa propre touche personnelle, avec le souhait fort de la partager à d’autres, chaque joueur enrichit le concept de départ. Ils participent à ludifier (rendre ludique) la ville autrement pour “réenchanter la ville”. 

Le Geoweb désigne “la convergence du Web, des technologies géospatiales et de l’information géographique ». Avec le géocaching, la carte n’est pas seulement consultée, elle peut aussi être modifiée par le grand public. Les joueurs collaborent à la création et à l’entretien des contenus géolocalisés. Ils ajoutent des informations, des descriptions, des histoires à certains lieux de la carte.

Les géocaches sont des traces fixes et durables; les objets voyageurs, des traces mouvantes et temporaires. L’empreinte du Géocaching par exemple sur le territoire parisien est plus forte dans les hubs de vie urbains (parcs et jardins, centre historique, lieux touristiques, nœuds de transports …) : Recherche du caractère touristique, historique ou insolite d’un lieu. Au delà des géocaches situées dans les lieux les plus connus et fréquentés de Paris, les géocaches parisiennes couvrent toutes les facettes de la ville.

geocaching-paris

Parmi les grandes catégories de jeux basés sur la géolocalisation, il y a tout d’abord les jeux de stratégie où l’on doit capturer des points ou contrôler un territoire (Ingress, City Domination, Flagstack, Parallel Mafia …). Puis, il y a les jeux de chasse aux trésors (Géocaching, Munzee, Cistes …). Ensuite, les jeux de course à pied avec GPS, où comment vous faire courir plus vite en vous faisant croire que quelque chose vous poursuit (Zombies, Run! …). Enfin, les jeux dit de Tower defense, où l’on doit défendre un lieu physique contre des vagues d’ennemis virtuels ou réels (Geoglyph, Clandestine: Anomaly …).

Les traces laissées par les jeux géolocalisés servent en premier lieu à construire et à structurer les espaces de jeu. Elles orientent les joueurs dans leurs sorties et leurs choix de parcours. L’espace est transformé par le joueur qui cache la boite ou bien déplace des objets entre les géocaches. Dans l’espace où s’imbriquent les récits, les impressions, les sentiments et les histoires des joueurs, “ces récits individuels participent ainsi de la construction, du maintien et de l’expansion du jeu, de la vie, de la survie et du capital culturel de la communauté”.

Les jeux géolocalisés mettent ainsi en récit la ville, accentuent les mobilités et la fréquentation des espaces publics. Pour les géocacheurs, la mobilité ludique est même structurante et assumée comme un nouveau style de vie, participant ainsi à la recomposition des routines. Leur espace personnel s’étend dans l’espace public. Avec les caches qu’ils dissimulent aux quatre coins du territoire, les géocacheurs placent une partie d’eux même au sein même du monde (Lazzarotti, 2014). Dernier aspect marquant, “la chute du travail dans la construction identitaire de l’individu compensée par le retour de la passion de créer” (Boulaire et Cova, 2008).

Merci à eux deux pour leurs travaux qui donnent un autre angle de vue sur notre jeu !

Mémoire de Clara et Mémoire d’Arthur.

Sources cartes : geocaching.com et mides.fr

Voir aussi : Dave Ulmer, inventeur du géocaching, Les phases de la vie d’un géocacheur, 100 choses qui arrivent à un géocacheur.

2 réflexions sur “Géocaching et géographie

    • Ah, bien vu ! Il y a bien des caches en Australie, mais quand j’ai fait la capture d’écran, geocaching.com n’avait pas dû charger toutes les caches sur la carte🙂
      Je viens de remettre la carte corrigée, merci pour ta vigilance !

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